Le marché des résidences secondaires repart à la hausse dans certaines régions

Le marché des résidences secondaires ne repart pas de manière uniforme. La reprise observée depuis fin 2023 dessine une carte à plusieurs vitesses, où les écarts de prix entre façades littorales se creusent davantage qu’ils ne se résorbent. Comprendre ces dynamiques suppose de dépasser le simple constat d’un « retour des acheteurs » pour analyser les mécanismes fiscaux, fonciers et climatiques qui redistribuent la demande.

Surtaxe de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires : le levier fiscal qui redessine le marché

La majoration de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, désormais poussée jusqu’à 60 % dans un nombre croissant de communes, modifie structurellement l’équation patrimoniale. Ce relèvement, étendu à de nouvelles zones tendues en 2026, ne se contente pas d’alourdir la facture pour les propriétaires existants : il oriente les flux d’acquisition vers des territoires où la pression fiscale reste modérée.

Nous observons un effet de bascule. Les communes qui appliquent la majoration maximale voient leur stock de résidences secondaires se stabiliser, parfois reculer. En parallèle, les territoires non concernés par cette surtaxe captent une part croissante de la demande, ce qui y accélère la hausse des prix.

Ce mécanisme crée un paradoxe : la surtaxe, conçue pour libérer du logement permanent dans les zones tendues, finit par déplacer la pression vers des marchés moins régulés. Les acquéreurs arbitrent désormais leur choix de localisation en intégrant le coût fiscal annuel, pas seulement le prix d’achat au mètre carré.

Prix des résidences secondaires sur le littoral : un marché à trois vitesses

Agente immobilière remettant les clés d'un cottage en pierre rénové à un acheteur dans un village côtier breton

La Corse affiche la plus forte hausse des prix parmi les façades littorales françaises en 2026. La Bretagne confirme son statut de littoral le plus dynamique sur le long terme, avec une progression cumulée nettement supérieure aux autres côtes depuis 2019. À l’opposé, la Manche est la seule façade en recul.

Entre ces extrêmes, le Languedoc-Roussillon conserve un positionnement d’entrée de gamme. Malgré une reprise récente, c’est encore la façade la plus abordable des grands littoraux français, ce qui attire un profil d’acheteurs différent : primo-accédants à la résidence secondaire, souvent plus jeunes, qui cherchent un bien à exploiter en location saisonnière pour compenser la charge fiscale.

La Vendée illustre bien la dynamique actuelle : sept stations y sont en hausse, avec une seule exception sur la façade atlantique. Ce n’est pas un hasard. La combinaison d’un foncier encore accessible, d’une desserte TGV et d’un ensoleillement attractif y soutient la demande de manière structurelle.

Ce que les moyennes nationales masquent

Les stations balnéaires affichent des prix en hausse là où le marché immobilier global recule légèrement. Cet écart confirme que la résidence secondaire en bord de mer obéit à des cycles propres, déconnectés du marché résidentiel classique. L’offre limitée dans les communes littorales, contraintes par la loi Littoral et la raréfaction du foncier constructible, maintient une tension permanente sur les prix.

Résidence secondaire et refuge climatique : un moteur d’achat sous-estimé

La canicule redessine la géographie des résidences secondaires. Des sources récentes décrivent la résidence secondaire comme un « nouveau refuge climatique », un moteur d’achat que les analyses de marché traditionnelles n’intègrent pas encore.

Les acquéreurs ne cherchent plus seulement un lieu de vacances. Ils anticipent des épisodes de chaleur prolongés dans les métropoles et veulent disposer d’un point de repli. Ce comportement explique en partie le regain d’intérêt pour des territoires d’altitude ou des littoraux ventés, au détriment des arrière-pays méditerranéens.

  • Les côtes bretonnes et normandes (hors Manche) captent une demande « climat » qui n’existait pas avant 2020, avec des acheteurs issus de l’Île-de-France et des grandes métropoles du sud.
  • La montagne, notamment les Alpes du Nord, voit émerger un usage bi-saison (été frais, hiver ski) qui rentabilise mieux l’investissement sur l’année.
  • Les zones intérieures proches de plans d’eau ou de forêts attirent un nouveau profil d’acheteurs, moins fortunés, qui privilégient la fraîcheur estivale au prestige de l’adresse.

Le critère climatique pèse désormais autant que l’accessibilité ou le cadre de vie dans la décision d’achat d’une résidence secondaire. C’est un basculement que les professionnels du secteur commencent à peine à intégrer dans leurs grilles d’analyse.

Intérieur rénové d'un chalet alpin avec vue panoramique sur les sommets enneigés, illustrant le marché des résidences secondaires en montagne

Tension sur le logement permanent : Nice et les métropoles sous pression

Les résidences secondaires ne posent plus problème uniquement dans les petites stations touristiques. Nice et sa métropole affichent une part élevée de résidences secondaires dans leur parc immobilier, ce qui renforce la pression sur le logement permanent. La raréfaction du foncier y amplifie le phénomène.

Dans 180 communes françaises, le taux de résidences secondaires dépasse 70 % du parc total. À cette échelle, le marché locatif classique devient quasi inexistant, et les travailleurs locaux se retrouvent en compétition directe avec des acheteurs disposant de budgets supérieurs.

Nous recommandons de surveiller un indicateur rarement commenté : le ratio entre le volume de transactions sur les résidences secondaires et le volume de mises en location longue durée dans une même commune. Quand ce ratio s’inverse durablement, la commune bascule dans un régime de marché où les prix ne reflètent plus la capacité financière des résidents permanents.

Le rôle croissant de la location saisonnière

La frontière entre résidence secondaire et investissement locatif saisonnier se brouille. De nombreux acquéreurs achètent un bien qu’ils occupent quelques semaines par an et louent le reste du temps via des plateformes. Ce modèle hybride, encouragé par la rentabilité locative de certaines stations, alimente la hausse des prix tout en réduisant le parc disponible pour les habitants permanents.

Le marché des résidences secondaires en 2026 ne se résume donc pas à un simple rebond post-crise des taux. La surtaxe fiscale, les disparités littorales, le facteur climatique et la pression sur le logement permanent forment un système où chaque variable influence les autres. Les acquéreurs qui raisonnent encore uniquement en termes de coup de coeur géographique passent à côté de contraintes qui détermineront la valorisation de leur bien dans les années à venir.

Nos dernières publications